Intervention de Jacques Mangon sur le domaine du Bourdieu lors du Conseil de CUB du 8 juillet 2011
Monsieur le Président, mes chers collègues,
Il nous est proposé de lancer la concertation préalable à une procédure de révision simplifiée du PLU qui transformerait les 28 ha du domaine du Bourdieu à Saint-Médard-en-Jalles en zone urbanisable.
Concrètement, il s’agit bien aujourd’hui, du lancement de fait de l’urbanisation de ce vaste secteur dont la collectivité publique est en train de parachever l’acquisition.
Il ne s’agit pas d’un dossier banal, mais au contraire, à bien des égards d’un dossier emblématique pour Saint-Médard et pour la CUB.
Il n’est pas fréquent, en effet, d’avoir en milieu urbain à décider du sort d’un domaine de 28 hectares ouvrant directement sur la place principale d’une ville, dont une partie, la maison de Maître et les quelques hectares qui l’entourent bénéficient d’un classement à l’inventaire des sites
Il n’est pas non plus fréquent de pouvoir apercevoir en plein centre ville à 50 m de la Mairie et de la place principale, comme c’est le cas à Saint-Médard, au-delà des grilles du domaine du Bourdieu, passer des biches ou des cerfs.
Pour autant le projet qui justifie cette procédure de révision simplifiée ne prend pas en compte cette singularité et n’a aucun état d’âme.
C’est un projet d’urbanisation à l’ancienne, du siècle dernier. 28 hectares en centre ville, ça s’urbanise, il n’y a pas à discuter.
Et en effet, ce projet reprend peu ou prou les conclusions de « l’étude préalable à l’aménagement du centre-bourg »réalisée par l’AURBA en 2002.
Elle prévoyait déjà l’urbanisation de 18 ou 19 hectares avec la construction de 800 logements sous forme d’immeubles, d’une école et d’un réseau viaire.
L’étude laissait, sous forme de parc résiduel, l’espace immédiatement autour de la demeure, 9 des 28 hectares, c’est à dire l’espace classé cette zone étant évidemment là pour servir d’alibi et de paravent à l’opération immobilière de la Mairie.
L’étude pré-opérationnelle confiée au cabinet REVERT par la Cub en 2006 reprenait à peu de choses près ces mêmes principes en portant le nombre de logements au delà de 1000.
Evidemment le projet a été traduit dans la novlangue du politiquement correct 2011, c’est-à-dire en mettant éco en préfixe à tout et durable en suffixe à tout.
Ainsi l’écoquartier évoqué dans la délibération est évidemment une supercherie sémantique, le faux nez du béton.
De même pour « l’objectif du projet qui serait selon la délibération de « conserver à la nature tous ses droits en les valorisant ». Tous ses droits, tu parles ! à une centaine de milliers de m2 SHON près !
Pour nous l’urbanisation du domaine du Bourdieu relève du contresens urbanistique absolu.
En effet, Saint Médard est une ville immense, hélas connue pour dilapider à grande vitesse son patrimoine boisé, mais où l’urbanisation devrait logiquement se faire sur les nombreuses zones sans intérêt particulier en termes de patrimoine naturel ou d’agrément.
Au contraire, Le Bourdieu est un domaine exceptionnel par sa richesse faunistique et floristique, son étendue, la biodiversité qu’il entretient.
Le Bourdieu est un poumon vert indispensable au centre-ville, à conforter, à développer, à valoriser, un atout essentiel pour Saint-Médard, l’un des rares pas encore gâchés, autour duquel on peut créer une forme nouvelle, ambitieuse et qualitative de développement du centre ville.
Nous pensons que la modernité consiste au contraire à ne pas l’urbaniser et à consacrer la totalité de ces 28 hectares à un projet de parc écologique et d’agrément moderne et convivial
Son utilisation à des fins d’urbanisation, en particulier sous le prétexte des logements sociaux, n’est absolument pas nécessaire dans une ville de 8500 km2 ou 80 000 m2, hors Bourdieu, ont été prévus au PLU au titre de « servitudes de mixité sociale », c’est à dire d’emplacements réservés en grande partie à la construction de logements sociaux, en l’occurrence de l’ordre de 700 logements.
On l’aura compris : il s’agit bien d’un choix essentiel pour Saint-Médard, mais au delà du débat saint-Médardais, ce dossier est tout autant un débat pour la CUB :
- sur la place que l’on entend réserver à la nature dans le développement de l’agglomération
- sur la conception qu’on peut avoir du développement durable,
- sur le degré de priorité accordé à la qualité de vie dans la cité,
Je crois, mes chers collègues, que nous sommes en train de faire pour la nature la même erreur que nous avons faite sur d’autres secteurs en lui appliquant une politique de zonage, c’est-à-dire qu’on sanctuarise de grands espaces lointains comme par exemple le parc intercommunal des Jalles, pour nous dédouaner et justifier l’extirpation méthodique de la nature de notre vie quotidienne.
Que nous apportera dans 30 ans dans cette ville immense d’avoir fait disparaître le domaine du Bourdieu alors que les possibilités d’urbanisation ailleurs sont très importantes ?
Poser la question, c’est y répondre.
Monsieur le Président, je dirai pour conclure que ce dossier nous appelle à prendre conscience de nos responsabilités de long terme vis-à-vis du rapport que nous voulons maintenir ou pas entre homme et nature.
Il nous invite à nous souvenir qu’urbaniser ca n’est pas déboiser, bétonner et faire du chiffre comme le pratique la municipalité de Saint-Médard, c’est d’abord faire sens, faire lien et favoriser par une recherche exigeante de la qualité urbaine et paysagère l’épanouissement individuel du citoyen et la préservation de notre capital naturel commun.
Je voterai donc contre cette délibération
Vous nous proposez de céder à Gironde Habitat une parcelle de 28 000m2 située dans le centre de Saint-Médard-en-Jalles, rue Jean Valmy Baysse pour y édifier un programme important de logements.
Je voudrais vous dire notre surprise de ne voir figurer dans l’ordre du jour de ce Conseil aucun dossier, aucune information, ayant trait au passage en Conseil de Communauté du 8 Juillet de la procédure de concertation relative à l’ouverture d’une procédure de révision simplifiée du PLU concernant le domaine du Bourdieu.

