Intervention de Jacques Mangon Conseil de CUB – 3ème phase du Tramway
Intervention 3° phase du Tramway -Conseil de CUB du 6 Novembre 2009
Monsieur le Président, Monsieur le Vice-Président, Chers collègues,
Nous étions nombreux à espérer que la 3° phase du tramway soit pour notre établissement un succès aussi évident que ne l’avaient été les première et deuxième phases.
Le succès de celles-ci s’était d’abord construit sur le projet initial qui avait trois caractéristiques
- Son traçé était fondé sur des priorités objectives et équitables, donc peu contestables, donc consensuelles ;
- Il était ambitieux : 40 km en 13 ans ;
- Il était cohérent en termes de tracé, de dessertes et de programmation des travaux.
Le projet qui nous est soumis aujourd’hui répond t’il à ces mêmes critères de réussite et vous me pardonnerez de prendre souvent comme exemple le quadrant nord ouest?
1° ) Son tracé est il fondé sur des priorités objectives et équitables ?
La 3° phase, telle qu’elle était entendue et présentée depuis longtemps, devait être prioritairement organisée autour des territoires non pris en compte lors des 2 premières phases, en particulier le quadrant Nord-Ouest.
Or sur les 330 millions d’euros prévus pour la 3° phase d’ici à 2013, 90% sont consacrés à des extensions de lignes et seulement 10% soit 32 millions seront effectivement consacrés à la ligne D pour la réalisation d’1.6km !
Qui plus est, ces extensions concerneront des bouts de lignes peu desservis ou même parfois et dès 2013 des zones d’habitat aujourd’hui virtuelles qui bénéficieront à peine sorties de terre du tramway, tandis qu’en 2013, les 160 000 habitants du quadrant nord-ouest regarderont toujours la muraille des boulevards.
De même, à l’issue de cette période, certaines villes auront une desserte quasi complète de leur territoire, tandis que d’autres comme Saint-Médard-en-Jalles continueront à bénéficier des trajets d’1h30 pour aller à la fac ou d’un sur-usage contraint de l’automobile.
Bref, vous aurez compris Monsieur le Président que je ne discerne pas de priorités objectives et équitables, et d’ailleurs chacun le sait bien ici dans son for intérieur, dans ce qui nous est proposé aujourd’hui.
En fait de troisième phase, c’est au mieux une deuxième phase-bis qui complète les tracés de la deuxième phase en fonction des jeux d’influence et des poids politiques relatifs des uns et des autres, en ne prenant en compte que très secondairement les besoins objectifs de déplacement des populations.
2°) Deuxième critère : l’ambition.
Là encore on reste sur sa fin et on a, notamment depuis ces dernières semaines, l’impression très nette du déploiement d’un rideau de fumée avec ses M votés, ses M virtuels, ses idées, ses hypothèses, ses mises en débat au SDOMM pour tenter de faire oublier la réalité décevante de cette 2°phase-bis et panser les plaies des éconduits.
Tout ce travail du SDOMM, qui vise à prioriser et mettre en perspective, aurait été plus crédible s’il avait été réalisé avant la prise de décisions. Là il aurait eu tout son sens . C’est d’ailleurs ce qui s’était passé en 1995 avec la mise au point du SDDUC avant le choix des tracés.
Qui plus est, si l’on regarde le détail des décisions prises, en particulier la ligne D qui m’est chère, on ne peut que s’interroger.
Vous avez choisi le moins bon tracé en termes de desserte puisqu’il délaisse notamment les deux zones les plus peuplées du quadrant nord ouest ; SMJ, 30 000 habitants et Caudéran, 40 000 habitants, mais en plus vous n’avez pas cherché à trouver une solution de compromis.
Je rappelle que dans la 1° phase, on avait pas hésité à prévoir une fourche dès l’origine pour desservir sur la rive droite et Lormont et Cenon.
Ici rien de tel où vous faites le choix d’Eysines contre Saint-Médard pour simplifier alors que les deux dessertes sont justifiées.
3°) Troisième critère : la cohérence globale des tracés et des programmations.
On peine souvent à la trouver. Deux logiques sont très perceptibles : celle du troc bien sur et celle de la facilité de réalisation.
On a souvent l’impression que ce qui était peu utile ou pas immédiatement utile, mais facile à faire, a trouvé son financement tandis que ce qui était indispensable mais moins facile n’a pas trouvé son financement ou court après.
Pour reprendre l’exemple du quadrant nord-ouest, comment penser autrement quand on voit que Saint-Médard n’est pas desservi, même par une fourche, tandis que vous avez accordé au Maire de Saint-Médard sa lubie, le passage au dessus de la rocade pour atterrir à 8km du centre de Saint-Médard, au milieu de rien ; hochet de consolation qui vaut quand même près de 50 millions d’euros .
Ce manque de cohérence trouvera son illustration dans l’observation des programmations : livraison rapide des extensions non urgentes, livraison très éloignée des maillons qui auraient du faire sens ; par exemple 2020 pour Eysines cantinolles, SDOMM et promesses à 2025 pour les autres.
Ainsi Monsieur le Président, mes chers collègues, c’est un double sentiment qui m’habite au moment d’exprimer un vote sur ce sujet
- Tout d’abord un sentiment d’occasion ratée pour la CUB qui n’a pas su retrouver l’élan de 1995-97 pour définir le projet ambitieux et juste qui était nécessaire alors que pourtant l’investissement public dans les transports est certainement celui qui a le plus d’effet de levier sur les plans de l’amélioration de la vie concrète de nos concitoyens, de l’écologie et de l’efficacité économique.
- Un sentiment de tristesse pour la partie sud du quadrant nord-ouest et les habitants de Saint-Médard en particulier qui seront pour de longues années les dindons de la farce, parce que la cécité et l’inexplicable inaction de leur Maire a rendu inopérants les éléments objectifs et techniques qui plaidaient pourtant en leur faveur.
Dans ces conditions, M le Président, mes chers collègues, je ne cautionnerai pas ces choix et je voterai contre la déclinaison décevante et injuste que vous avez donnée à la 3° phase.
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