Publié dans Sud-Ouest le 22 juillet 2011 par Hervé Mathurin

Une pollution chimique qui va laisser des traces

Le préfet a pris un arrêté imposant à la SME de Saint-Médard-en-Jalles un examen approfondi de son sol. Mais d’autres questions restent en suspens.

 Un premier diagnostic de la présence du produit chimique avait été effectué en 2010 dans les stations de Saint-Médard-en-Jalles (ici l'usine de captage de Gamarde).  photo Stéphane Lartigue

Un premier diagnostic de la présence du produit chimique avait été effectué en 2010 dans les stations de Saint-Médard-en-Jalles (ici l’usine de captage de Gamarde). photo Stéphane Lartigue

Le préfet Patrick Stefanini était particulièrement entouré hier en fin de matinée pour son point presse à propos de la pollution des eaux de la CUB (lire « Sud Ouest » des 19 et 20 juillet). Les directeurs ou leurs représentants de l’Agence régionale de santé (ARS), de la direction de l’environnement (DREAL) et des territoires et de la mer (DDTM) étaient venus le soutenir dans sa communication, preuve que cette pollution est prise au sérieux au niveau des services de l’Etat.

1. Un arrêté signé et un autre en préparation

Le préfet a signé hier un arrêté imposant à l’industriel, la SME de Saint-Médard-en-Jalles, reconnue comme le pollueur au perchlorate d’ammonium, un diagnostic géologique complet dans les huit mois afin de préciser la réalité de la contamination de son sol. Un deuxième arrêté, en préparation, imposera à la SME de traiter dans ses stations d’épuration 100 % des eaux contaminées. Un taux fixé jusqu’ici à 80 %, ce qui implique que 20 % échouent dans la Jalle de Blanquefort.

Mais le préfet a aussi indiqué que l’eau de la Garonne pouvait également contenir des particules de cette substance fabriquée à Toulouse. La question n’est donc pas uniquement girondine.

2. Confirmation que l’eau de la CUB est saine

Patrick Stefanini a confirmé que l’eau qui sort des robinets de la CUB ne représente aucun danger pour le consommateur : « Nous sommes dans les clous », a-t-il affirmé, prenant en référence les normes de perchlorate d’ammonium (4 mcg/l pour les nourrissons, 15 mcg/l pour la consommation courante) respectées par le distributeur. Le docteur Bénédicte Le Bihan, de l’ARS, a indiqué que cette substance chimique n’a pas a priori d’influence sur la glande thyroïde de l’homme, mais sur celle des animaux. Des études épidémiologiques pourraient être effectuées pour le vérifier a posteriori.

3. Un phénomène qui ne date pas d’aujourd’hui

Lors de ce même point presse, le préfet a reconnu qu’un premier diagnostic de la présence de ce produit chimique dans les stations de Saint-Médard-en-Jalles avait été effectué en 2010. L’Agence régionale de santé avait été saisie et avait procédé à des analyses qui ont pris du temps, notamment du fait que ce produit n’était pas recherché auparavant. Mais cette pollution avait aussi fait l’objet de débats au conseil municipal de Saint-Médard-en-Jalles, comme l’atteste le conseiller d’opposition Jacques Mangon dans un communiqué. Non seulement à cause du perchlorate d’ammonium mais aussi en raison d’infiltrations d’une station essence.

Plusieurs particuliers ont fait aussi état de phénomènes bizarres, tel Bernard Jarril : « J’ai repêché dans la Jalle des sortes de filaments ressemblant à des pâtes alimentaires qui, une fois séchées, pouvaient brûler », raconte-t-il. Il s’avère également que des doses supérieures aux normes (30 mcg/l) ont été relevées dans ce ruisseau. Antoine Bousseau, le directeur régional de la Lyonnaise, assure cependant que ces chiffres ont été constatés avant traitement.

4. Des conséquences sur les ressources en eau

Si cette pollution semble a priori minime pour la santé, elle aura cependant des conséquences sur l’approvisionnement, puisqu’un quart des ressources en eau de la CUB (Bordeaux et Mérignac sont alimentés par les stations de Saint Médard) est désormais confiné et non exploitable : « Un incident comme celui-là démontre que notre dispositif est vulnérable pour la quantité », a résumé Michel Duvette, directeur de la DDTM. Il a également souligné le « déséquilibre » de l’éocène (nappe profonde) en raison de leur surexploitation.

Le préfet Stefanini a surenchéri en « invitant les collectivités territoriales à accélérer la discussion sur la révision du Sage » (schéma d’aménagement et de gestion des eaux). Les autorités n’ont pas caché leur inquiétude pour l’approvisionnement au mois de septembre, réputé très consommateur. Il faudra aller chercher de l’eau ailleurs.

L’écologiste Gérard Chausset, vice-président de la CUB, s’est dit préoccupé par le coût représenté par cette affaire pour le contribuable et réclame que la facture soit adressée à la SME.

5. Une communication de crise à revoir

Lors de son point presse de mercredi, le vice-président de la CUB chargé de l’eau, Jean-Pierre Turon, a dénoncé la « posture » du groupe EELV, coupable selon lui d’avoir recherché un coup politique. Le fait était pourtant connu depuis longtemps et n’avait pas soulevé d’émotion particulière. Le préfet aurait-il pris aussi rapidement des dispositions réglementaires si les écolos n’avaient pas sollicité les médias ? Pas sûr.

« On a manqué de transparence dans cette affaire, peut-être parce qu’un site militaire était concerné », constate Gérard Chausset, qui a réitéré sa demande d’un examen approfondi de tous les sites de défense de l’agglomération et réclame une accentuation des actions préventives.

Mais la CUB, très discrète depuis le début, devra aussi revoir sa « com ». La question capitale de l’eau mérite plus de maîtrise et supporte mal ce goût du secret qui a semblé prévaloir dans cette histoire de pollution.

Aucun commentaire

Jacques Mangon, Conseiller municipal à Saint-Médard-en-Jalles, Conseiller à la CUB et Président d’Alternative 2014, dénonce la multiplication des laxismes et des problèmes graves affectant la gestion de la ressource en eau sur la commune de Saint-Médard-en-Jalles.

 

Il rappelle que depuis plus d’un an, les élus du groupe qu’il préside au Conseil municipal ont dénoncé l’accumulation des négligences et par conséquent des pollutions avérées portant sur l’eau produite à Saint-Médard-en-Jalles.

Ainsi, après les pollutions graves et répétées du site de la Gamarde (10% de l’eau produite sur la CUB) imputables à la station essence Leclerc restées sans correction significative depuis 2009 ;

Après le constat de la pollution au perchlorate d’ammonium de la source d’approvisionnement en eau potable de Caupian depuis 2008 ;

Le constat du comité de l’eau constitue la 3° alerte très sérieuse puisque cette pollution affecte désormais toute la ressource présente sur le territoire communal (Gamarde, Thil et Caupian soit 25% de la ressource).

 

Cette multiplication de graves problématiques sur la qualité de l’eau potable produite sur la commune trouve son explication :

- dans la relative passivité des autorités de tutelle (Etat et CUB) qui ont souvent tardé à  répondre aux alertes du concessionnaire ou qui se sont montrées timorées face aux acteurs économiques concernés ;

- par le choix délibéré du Maire de Saint-Médard de s’en tenir avec constance à une politique de l’autruche sur ces questions et de ne pas assumer son rôle de défenseur de la population.

 

Jacques Mangon appelle à une ferme reprise en main de ces questions par l’Etat et par la CUB qui doivent, sans chercher à se défausser assumer leurs responsabilités, au premier rang desquelles figurent :
- la totale transparence sur ces questions ;
- le maintien en quarantaine de la ressource concernée ;
- et une enquête efficace et suivie de conséquences pour déterminer la réalité de la pollution, sa temporalité et le mesures à prendre pour l’éliminer.

 

Il rappelle enfin que ce laxisme s’est encore manifesté dans les procédures retenues en commun par la Mairie et l’Etat lors de la vente de la SNPE à SAFRAN.
Rien n’est en effet prévu pour faire assurer la  dépollution des sols de la SNPE par l’exploitant, si à moyen ou long terme, une partie de ceux-ci devait revenir dans le giron des collectivités publiques. Or ces coûts sont énormes.

Commentaires (3)