Sud-Ouest : Réussir sa vieillesse…
Sud-Ouest le 8 juin 2011 | Par Hervé Pons
Réussir sa vieillesse…
Langage de vérité sur les fonctionnements ; mots du cœur et concept de dignité, de la part de professionnels de la dépendance.
Toutes les générations étaient réunies dans le public, preuve que le vieillissement est aussi une préoccupation pour les tranches d’âges intermédiaires, souvent en situation d’aidants. photos H. P.
«Le sujet est complexe, universel, multiforme. Nous allons tenter d’ouvrir des pistes, de croiser des regards : en posant les bonnes questions, on s’approche des solutions ». C’est en ces termes que Jacques Mangon a introduit lundi soir le débat « vieillir de manière solidaire » organisé par l’association Alternative 2014 qu’il préside.
Pas de politique locale, pas la moindre allusion à l’objet (explicite) de l’association : ce soir-là Jacques Mangon n’est pas l’opposant municipal mais celui qui donne la parole à des invités passionnants, rigoureux, parfois iconoclastes, qui n’oublient jamais la dimension humaine, voire philosophique quand il s’agit d’évoquer la dignité de la personne âgée dépendante. Dans l’assistance, très participative, toutes les générations sont représentées.
Morceaux choisis
Véronique Cressot, responsable unité gérontologie au CHU : « L’entrée en dépendance intervient du fait de la maladie qui vient accompagner le vieillissement. Il faut donc assurer les conditions d’un vieillissement réussi. » « En 1960, les plus de 60 ans représentaient 16 % de la population ; ils sont 22 % aujourd’hui, avec une espérance de vie de 84,5 ans pour les femmes, 77,8 ans pour les hommes ». « À la prévention médicale, il faut ajouter la prévention sociale, affective, les liens sociaux ». « Sur l’île japonaise des centenaires, on constate une alimentation modérée, une activité permanente, la présence de groupes d’entraide et la fierté de la famille de compter un centenaire parmi les siens ».
Valérie Faucheux, responsable du service d’aide à domicile du Bouscat : « Les avantages du maintien à domicile sont la continuité du cadre et d’un système de vie, un coût moindre qu’une admission en structure, des frais qui n’impliquent pas d’obligation légale pour les enfants. » « Les limites sont une coordination parfois insuffisante entre le médical et le social, un risque de replis de la personne âgée sur elle-même, parfois l’épuisement des aidants (famille ou ami). Des pistes de solutions sont les transports accompagnés, les aides à domiciles bien sûr, les appartements collectifs ou intergénérationnels, les exercices cognitifs, à domicile ou non. » Bernadette Grethen, ancienne directrice d’Ehpad : « L’image des établissements se dégrade dans le public : 47 % de regards négatifs il y a 3 ans, 52 % aujourd’hui. Pourtant les établissements sont de mieux en mieux adaptés aux situations. » « Les réponses aux attentes sont une personnalisation de l’accueil. Il faut promouvoir les solutions d’accueil de jour, de nuit, d’hébergement temporaire, prévoir des temps de socialisation. » Intervient la question du coût : « Entre 18 000 et 22 000 euros par mois en structures non lucratives ; plus dans les autres. » Avec des listes d’attente dans le non-lucratif.Question de Jacques Mangon : « L’augmentation du niveau des établissements ne les réserve-t-il pas aux personnes les plus aisées ? »
Réponse de Mme Grethen : « On est parti de très loin, il y a encore à faire. Le coût des prestations est moins lié à la qualité qu’au mode de fonctionnement. »
Yvon Le Yondre, vice-président Coderpa : « La prise en charge de la dépendance doit se faire tout au long de la vie. En Allemagne, chacun y participe à hauteur de 1, 79 %. » « Notre société n’a jamais été confrontée à cette question : il faut des solutions inédites. » « Les personnes âgées coûtent chères, entend-on ! Mais qui d’autre qu’elles feraient vivre le commerce et les services de proximité ? »Nota : sont également intervenus Michel Barat, ancien chef de service au CHU et Pascal Rollet-Gérard, médecin généraliste à Saint-Médard.





